La polémique

Biocarburants Vs crise alimentaire mondiale

Au cours de la première conférence mondiale des biocarburants, qui s'est déroulée en 2008 à Sao Paulo, la polémique sur le rapport de cause à effet entre le développement de la production de biocarburant et la crise alimentaire mondiale a éclaté au grand jour. Présentée au cours de cette conférence, une étude de la BNDES (Banque Nationale de Développement Economique et Social du Brésil) indique que l'offre de bioénergie, qui devrait être multiplier par 4 d'ici 2050, n'affectera pas la production des matières première agricole en soulignant que les cultures seront développés sur des terres qui ne sont plus utilisées pour la productions des aliments. Cependant, les conclusions de cette étude sont remis en question par un réseau de mouvements sociaux et universitaires.

Selon eux, la culture de la canne à sucre, matière première de l'éthanol brésilien, a menée à déplacer les plantations de café, fruits et haricots noirs. La BNDES indique que "1% des terres arables du monde est utilisé aujourd'hui pour la production de biocarburants et pourrait être de 3 à 4% en 2030".

Les mouvements sociaux semblent relativement soucieux du développement de la production de l'éthanol et posent clairement le choix entre la production d'éthanol "pour alimenter des voitures" ou la production de nourriture pour "alimenter la population".

Angela Cordeiro, ingénieur agronome, sonne l'alerte concernant la rapide expansion de la culture de la canne à sucre au Brésil. La surface de ces cultures atteind 9 millions d'hectares en 2008, ce qui représente un progression de +55% par rapport à 2005. Ce que Mme Cordeiro souligne principalement, c'est le manque de mesure mises en place par le gouvernement brésilien afin de contrôler l'impact réel du développement de la culture de la canne à sucre sur les cultures vivrières.

Lors de cette conférence, Mme Cordeiro à aussi rappelé les préoccupations exprimées par la FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nations), l'agence de l'ONU pour l'agriculture et l'alimentation. Elle affirme que "l'expansion de la canne à sucre à Sao Paulo ne se produit pas sur des terres dégradées", comme le disent les autorités, mais qu'elle a déplacé des cultures de maïs, de haricots, de café et de fruits. "Une telle expansion peut engendrer des risques pour la sécurité alimentaire" a-t-elle ajouté.

outline-style: initial; outline-color: initial; ">Aussi, une autre ombre est venu s'ajouter au tableau de la production des biocarburants : le travail forcé. En effet, selon des chiffres rapportés par l'Eglise Catholique, entre 2003 et 2008 l'inspection du travail aurait libéré près de 7.000 travailleurs maintenus en semi-esclavage dans des cannaies au Brésil.

Enfin, lors de cette 1ere conférence mondiale des biocarburants, le groupe Petrobas a annoncé des investissements à hauteur de 1,5 milliards de dollars US dans des projets de production de biodiesel et d'éthanol d'ici à 2012. Le groupe indique que les biocarburants contribuent à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, principal facteur du réchauffement climatique mondial, et générent des emplois et des revenus, surtout dans les campagnes.

Les chiffres de l'éthanol au Brésil

Le Brésil est devenu le second producteur mondial d'éthanol, derrière les États-Unis. En 2007, la production d'éthanol a atteint 18 milliards de litres au Brésil et les exportations s'élèvent à 3,5 milliards de litres. Selon les estimations des autorités brésiliennes, les exportations d'éthanol pourraient progresser de +73% à l'horizon 2011 soit 6,1 milliards de litres.

Source : AFP Ecologie.tv par Seb

Polémique énergétique

Le bioéthanol est-il rentable du point de vue énergétique ?

Au-delà de la querelle de scientifiques, cette question cache une bataille politique sur la nature des filières de biocarburants à développer. Pour l'Ademe, une tonne de pétrole brut permettrait de produire deux tonnes d'éthanol de blé ou de betterave. Pour la même quantité d'énergie, on peut fabriquer environ 0,9 tonne d'essence ou de diesel, ou encore ... huit tonnes d'éthanol brésilien de canne à sucre ! Quant au maïs, il coûte beaucoup d'énergie au champ et est beaucoup moins intéressant que le blé ou la betterave.

Une partie de la communauté scientifique conteste pourtant l'intérêt énergétique de certains biocarburants. « Plus de deux tiers des membres du comité de pilotage de l'étude de l'Ademe ont partie liée avec l'industrie des biocarburants », dénonce Patrick Sadones de l'association Eden (Energie durable en Normandie). Cet ingénieur agronome a mené sa propre étude. D'après lui, le bilan énergétique du bioéthanol de blé ou de betterave serait de 1,4 voire même 1,1 en cas de mauvaise valorisation des coproduits. Ces fameux coproduits sont en réalité le nerf de la guerre. La fabrication de l'éthanol produit des résidus (57 % de la matière sèche obtenue) : drèches pour le blé, pulpes pour la betterave. Pauvres en énergie, riches en protéines, ils peuvent être utilisés en alimentation animale. Mais dans la pratique, le marché de l'alimentation animale sera vite saturé, et répondre au plan gouvernemental de développement des biocarburants fournira ... six fois plus de coproduits à écouler !

Chercheur à l'Institut national de recherche agronomique (Inra), Jean-Claude Sourie pointait déjà en décembre 2005 les limites des biocarburants. D'ici 2010, ils permettraient d'économiser entre 1,5 et 2 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep). Ce qui ne pèse pas lourd face à la consommation totale de la France : 92,8 Mtep en 2004. Seule certitude, ils permettent bel et bien de réduire les émissions de gaz à effet de serre, entre 50 et 60 % par rapport à l'essence. « Le bioéthanol est une filière mort-née », assène Patrick Sadones. Seul le soutien de l'Etat rend le système viable, par une défiscalisation de 33 centimes d'euros par litre (reversée aux distributeurs). Eviter l'émission d'une tonne de CO2 coûtera finalement 376 euros à la collectivité, alors qu'elle se négocie entre 10 et 20 euros sur le marché du carbone.

Source : laterre.fr par Y.G

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